Yasmina Reza, Dans la luge d'Arthur Schopenhauer
![]() |
| Mon édition : Folio, 2015. |
Le fond
8 courts chapitres, 4 personnages dont un psychiatre, un homme dépressif et sa femme, un ami.
Des monologues. La lecture très rapide, le livre et court et on est emporté par le flot de pensées.., On se laisse porter par la narration, l'écriture est fluide, bien que le démarrage secoue : on attaque la lecture par une description, réalisée par Nadine, concernant son mari. Cette description fait à la fois preuve de lourdeur (les phrases sont longues, comme des pensées qui se déroulent...) et d'absurdité.
Des détails sur sa façon de consommer les oranges, son ancienne expertise et passion sur le philosophe Spinoza (qui représente la joie, la rationalité de la joie), puis son état de délabrement, sa dépression, sa nonchalance, sa chute dans la luge de Schopenhauer (incarnant plus de tristesse). Semble-t-il que ce dernier avait trouvé un équilibre et que pouf! Tout a explosé, son métier, son couple, le sens qu'il donnait à sa vie.
La forme
Les phrases retracent donc des pensées, ce qui les rend un peu longues parfois. C'est comme si les personnages parlaient seuls, sans forcément faire attention à leur interlocuteur. Les chapitres commencent pourtant par des indicitations "Tel personnage à tel personnage": il y a toujours conversation entre deux individus, même s'il n'y en a qu'un qui parle vraiment.
Les chapitres continuent ainsi et s'enchaînent les perceptions de tous sur chacun. Nous terminons par la vision du psychiatre, à tous.
Le ton est toujours très comique, absurde et assez lourd de sens, malgré tout. Des chapitres abordent des sujets très légers (il y a en a un sur le port d'une robe de chambre par exemple), mais ceux-là révèlent finalement beaucoup de choses sur la dépression, le laisser-aller et le factice qu'il y a à se présenter correctement, à adopter un ton facile, tout ce qui est requis pour être "social"...
Des idées ?
La question du "sens" est posée : un des personnages se défend d'être nihiliste, en précisant que :
"Beaucoup de choses peuvent avoir du sens et de la pertinence, c'est la vie qui n'en a pas, le tout n'a aucun sens mais chacune des parties en a. est-ce que ça se tient philosophiquement ? Ca tient. C'est ce qui tient le mieux."
La question de la viabilité du couple est aussi posée : après tant d'années de liaison, le besoin (ou l'envie) d'aller vers de la nouveauté est-il(elle) vraiment irrépressible ?
Comment supporter un proche qui se laisse se détériorer ? Comment l'aider ? Comment ne pas se laisser interférer par ses humeurs ? Doit-on le soutenir, doit on ignorer son état ?
Yasmina Reza est aussi l'auteure de "Le Dieu du carnage" (2008), qui s'interroge sur le couple, sur l'amour, après quelques années de relation. Thématique assez intéressante et le ton abordé pour en parler est toujours assez cynique.
"Par quel tour de passe-passe un cerveau espère ce qu'il est incapable de recevoir?"

Commentaires
Enregistrer un commentaire