Liv Strömquist, Grandeur et décadence
Grandeur & décadence,
2017 pour l’édition française.
J'ai rencontré Liv Strömquist grâce à cette première BD. Liv Strömquist est une auteure de BD, suédoise, née en 1978.
Par quels bons points commencer?
Super appréciable car hyper documenté ! Il ne s’agit pas seulement d’idées mais de faits.
Grâce à la précision des informations données (des théories) et des exemples (des chiffres extraits d’études scientifiques ou de rapports produits par l’OCDE), la lecture n’est pas superficielle ; on ne se contente pas de survoler rapidement les cases ou de ne regarder que le graphisme ou la technique de dessin, sans vraiment faire attention au fond. De plus, l’auteure a recensé dans une bibliographie toutes les oeuvres qu’elle cite.
Le fond est aussi riche que la forme. Tout est expressif, que ce soit dans le choix des couleurs ou de la police et de sa taille. Ce qui donne parfois beaucoup d’humour à cette BD. Aussi, l’auteure a réalisé des collages. Les formes d’expression sont hyper variées. Les pages ne se ressemblent pas, le rendu est ultra vivifiant.
L’auteure emprunte des outils de communication très actuel aussi, ce qui m’a fait beaucoup rire : par exemple, elle use (et parfois abuse, ironiquement) de certains émojis pour renforcer ses propos.
On a présenté cette auteure suédoise comme féministe (après ces deux autres ouvrages, Les sentiments du Prince Charles (2012) et L’origine du monde (2016), desquels émanent des réflexions féministes), mais cette troisième BD ne traite pas que de ce sujet. On découvre 5 stories à l’intérieur et 5 causes sociales sont traitées : l’environnement et notre rapport à celui-ci, le militantisme VS le moralisme, l’extrême richesse et son traitement par les pouvoirs publics.
Toutes les stories portent à réflexion et recoupent en elles-mêmes plusieurs enjeux.
Toutes font échos à des enjeux hyper actuels et ultra médiatisés (en France). L’auteure nous rapporte des exemples liés à la Suède (ce qui est super intéressant, car cela permet d’en apprendre sur la situation dans ce pays!), qui seraient facilement transposables… A beaucoup de pays occidentaux.
Cette BD allie à la fois le charme d’une lecture plaisir, où l’on sourit (voire rigole) souvent, où les dessins sont lumineux et agréables avec une prose n’est pas difficile d’accès…et à la fois le sérieux d’une lecture vraiment engagée, où l’on est concentré sur la teneur des propos et leur démonstration et qui donne envie de s’engager, de se révolter. Le contenu n’est pas seulement cynique : Liv Stromquist propose généralement des alternatives à ce qu’elle peut dénoncer.
Elle remet aussi en question sa position de femme blanche privilégiée dans le monde de l’édition et plus généralement de la culture, ce qui, je trouve, rend ces propos plus justes et fins. Se servir de sa visibilité (en ayant conscience des logiques sociales déterministes par lesquelles Liv est parvenue à l’asseoir) pour éclairer des situations sociales tues, inconsidérées. En ce sens, j’ai trouvé le passage sur les candidats d’émissions de télé-réalité ou de reportages particulièrement parlant ! Elle y dénonce les caricatures faites sur des personnes en situation difficile et notre rapport personnel à ces images (revalorisation de soi, distanciation etc.).
Rares sont les BD qui énergisent autant !
I’m every woman.
(avril 2018)
Celle-ci est plus axé sur des thèmes féministes et sur le système patriarcal, une prose avec beaucoup de verve mais qui reste surtout très drôle, un peu acide. L’approche pourra plaire à tous.tes (sceptiques ou non).

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