Pierre Ducrozet, Eroica (sur Jean-Michel Basquiat)

Eroica 

Par Pierre Ducrozet, né à Lyon en 1982. 
L’auteur a voulu nous montrer toute l’intensité de la vie de Jean-Michel Basquiat (1960-1988), toute son passion, toute sa révolte et c’est avec brio qu’il y parvient. La « forme » de ce livre, son ton, parfois les libertés que prend l’auteur en ne respectant pas une prose traditionnelle et l’échafaudage de la narration révèle vraiment l’intensité de la vie de JMB, de sa passion, de sa verve. 

Pour info, la fondation Louis Vuitton à Paris prépare une exposition sur l’oeuvre de Jean-Michel Basquiat du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019.
Actuellement, vous pouvez voir au MAC de Lyon une expo sur les tag de la période « SAMO » de JMB.  


Mon édition : Babel (2018),  publication originale : 2015


La forme
Une montée, une chute. A la Balzac, comme dans Illusions perdues.Une grande montée, de l’énergie. Puis une chute, pas vraiment brutale, mais très progressive, ce qui la rendrait presque angoissante. 

Le fond
Des références à William Burroughs (Le festin nu, 1959). Beaucoup de drogues.
Des répliques acides.
J’ai trouvé ce livre vraiment énergisant, libérateur, malgré la décadence de la fin. 

A la question qu’un journaliste lui posera « Pourquoi inscrivez-vous des mots pour les barrer par dessus? », JMB répondra « Pour que vous les regardiez ». 

Cette réponse paraît cynique, narquoise. JMB s’était montré désagréable et peu enclin à l’échange pendant cette interview de toute façon.

Cependant, cette réponse recèle d’une vérité éclatante : l’affirmation n’est considérée par l’Homme que lorsqu’elle est niée. Formulé plus simplement : on ne se rend compte de la présence de quelque chose qu’une fois qu’on l’efface. Si rien n’est là pour nous rappeler que rien n’est permanent, que tout se meut : évidence, puis habitude, puis invisibilité. 
JMB tire des traits sur les mots pour nous rappeler qu’ils sont là, qu’ils ont du sens. Autrement, nous les aurions lu et nous n’aurions pas considéré vraiment leur présence. 
Génie. 

Ce n’est qu’un extrait mais ce livre est ponctué des traits de génie de JMB.

Intéressant aussi, la rétrospective sur sa toute jeunesse,  avant d’être véritablement révélé. La restropective sur le moment « SAMO » ou Same old shit pendant lequel JMB et ses acolytes taguaient des « SAMO » partout dans les rues de NY, juste pour inventer un nouvel art. 





« Samo as an end to to mindwash religion, nowhere politics and bogus philosophy ». 



Porte des toilettes, La Panacée, Montpellier, Juin 2018

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